Les métiers d’excellence, l’âme de notre France en danger !

 Les métiers d’excellence, qu’exercent les professionnels des métiers d’art, les Entreprises du Patrimoine Vivant, les Maîtres d’Art ou encore les Meilleurs Ouvriers de France incarnent la France dans le monde.

 Le secteur de la Mode, des arts de la table, de la gastronomie, de la cristallerie, de l’ameublement ou encore de la restauration, entre autres, constituent cet art de vivre français tant apprécié par le monde entier. Leur dénomination même est un appel à la flânerie et à la poésie : plumassier, cirier, fresquiste, lapidaire, marqueteur de pailles, passementier, stucateur, tourneur, argenteur, batteur d’or, glypticien, guillocheur, santonnier, gaufreur sur cuir, dinandier, féron, taillandier, dominotier, écailliste, veloutier… Que de métiers, que de rêves !

 Et pourtant, l’épidémie du covid-19 n’épargne pas le monde des métiers d’excellence qui subit les conséquences du choc économique. Et nombreux sont les ateliers, les entreprises et les manufactures, les artisans et les artistes dont l’existence même se voit remettre en cause. Avec courage et un sens aigu de ses responsabilités le Mobilier National s’est engagé dans le soutien économique aux métiers d’art. Le Président de la République l’avait déjà souligné, «ce virus n’aime pas l’art de vivre à la française. »

 Toutefois, les Français eux, aiment ces métiers d’art qui plongent au sein de la mémoire collective nationale, qui se nourrissent de nos savoir-faire territoriaux et qui, en retour, enrichissent les habitants des villes et des campagnes. Ils sont les emblèmes de nos communes et de nos régions : la dentelle de Caudry, la porcelaine de Limoges, la parfumerie de Grasse, les cristalleries du Grand Est, la coutellerie de Thiers, la poterie de Dieulefit ou d’Anduze mais encore la marqueterie de Revel, en sont de merveilleux exemples.

 Cette capacité à révéler le meilleur de nos provinces au monde entier ; cette aptitude à offrir aux étrangers un savoir-faire d’excellence unique au monde, seule la France en est capable ! Cette domination française dans le secteur du luxe à l’international mérite d’être préservée, défendue et encouragée.

 Les mesures économiques mises en place par l’État au cours de cette pandémie ont été salvatrices pour un grand nombre d’artisans d’art et d’Entreprises du Patrimoine Vivant. Le fonds de solidarité, les prêts garantis par l’État, les reports et annulations de charges ont permis à de nombreux artisans d’art de survivre durant ces derniers mois. Ces premiers temps passés, le secteur des métiers d’art court le risque de voir de très nombreux ateliers, manufactures ou encore galeries disparaître. S’en suivrait immanquablement une disparition de savoir-faire rares qui déboucherait sur un appauvrissement des artisans d’art dans leur globalité et de la France à l’international.

Mercredi 6 mai, le Président de la République a annoncé un « grand programme de commandes publiques » pour soutenir la création en citant en tout premier lieu les métiers d’art. Les artisans d’art reconnaissent toute son utilité et nombreuses associations professionnelles encouragent une telle politique, comme la FREMAA, Révélateur ou encore Ville et Métiers d’Art.

La disparition de savoir-faire rares, risque mortel pour les métiers d’art, pourrait être évité grâce à de nouvelles dispositions intégrées dans le futur le plan de relance de septembre prochain. A cette occasion, nous pourrions imaginer certains assouplissements. La dernière hausse du seuil de mise en concurrence est un bon signe, mais doit être amplifiée. Nous pourrions imaginer l’introduction dans les marchés publics de critères de préférence locale. Nous devrions aussi faciliter le développement du label « Indications Géographiques » pour des produits manufacturés et des ressources naturelles ce qui permettrait de développer l’activité économique de type circuit-court. Mais nous pourrions aussi encourager le tourisme de savoir-faire, stabiliser et développer le crédit d’impôt en faveur des métiers d’art et soutenir la création des tiers-lieu, endroits de création et d’innovation. Enfin, nous devrions profiter du 3e Plan d’Investissement d’Avenir pour lancer des projets innovants autour de la sauvegarde et la transmission des savoir-faire.

Mais le soutien à nos savoir-faire d’excellence ne dépendra pas de l’État seul. La commande publique des collectivités locales est un moyen efficace pour accompagner activement la relance et notamment en faisant appel aux artisans et aux entreprises de proximité.

Il est temps pour les Français de bien peser tous les enjeux de la promotion des métiers d’excellence tant humainement, économiquement, ou encore en matière de développement territorial. Demain, ce sera aux Français et aux Européens de faire le choix d’une consommation durable, locale, verte et respectueuse du milieu dans lequel nous vivons. Demain, se construit aujourd’hui et exige de nous une introspection salutaire. Les métiers d’excellence, et tout particulièrement les métiers d’art, portent en eux notre futur, à nous de prendre le chemin d’une responsabilité sociale vivifiante pour nos sociétés démocratiques.

Ainsi, favoriser nos entreprises locales, c’est sauver notre art de vivre à la française. 

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