« Sachons pour ne pas reproduire les erreurs, tirer les leçons du passé afin de construire un avenir meilleur »

Aujourd’hui, notre Nation commémore l’armistice  du 11 novembre 1918.

Cet événement, tant attendu, puisque cette guerre devait être courte, redonnait l’espoir, l’espoir en la paix, en une paix définitive, puisque cette guerre devait être la « der des ders » après quatre années atroces de sang et de larmes. Partout en France, dans chaque ville, dans chaque village, nous nous unissons de mémoire pour célébrer la liberté retrouvée au terme de quatre années terribles, de douleur, de larmes et de drames quotidiens.

Quatre années d’horreur, d’angoisse, de souffrance, de privations. Quatre années qui virent disparaître plusieurs générations.

Le dernier poilu Lazare Ponticelli s’en est allé, emportant avec lui la mémoire vivante de ces quatre années terribles. Mais la mémoire accumulée au fil des ans reste intacte. Tous ceux qui vécurent cette période et revinrent des combats, à jamais changés, à jamais marqués, pour certains à jamais brisés, exprimèrent le souhait de raconter et de témoigner.

Henri Barbusse dans Le Feu, pour lequel il obtiendra le prix Goncourt, ou Blaise Cendrars dans La main coupée décrivirent avec justesse l’horreur de la vie des poilus dans les tranchées, affrontant le froid, la boue et le tonnerre de feu qui s’abattait jour après jour sur eux.

Le bilan effroyable de cette guerre est connu de tous et les chiffres donnent le vertige : neuf millions de morts, six millions de mutilés, les plus jeunes de notre vieux continent.

Issus des quatre coins de l’empire français, de l’outre-Mer, de l’Afrique Noire, de l’Afrique du Nord, de l’Indochine, de l’Océanie, des centaines de milliers d’hommes ont contribué à l’effort de victoire, pour beaucoup d’entre eux au sacrifice de leur vie.

Notre pays est sorti ruiné et meurtri de ce conflit : 1 million  400 000 morts, dont 600 000 victimes civiles, trois millions de blessés, de mutilés, d’aveugles, de gazés, ceux que l’histoire a retenus sous l’appellation de « gueules cassées ». Quasiment toutes les familles furent touchées, endeuillées, laissant, là un parent, un ami, un fils, une fille, un père disparaître à jamais. 

La France d’aujourd’hui ne peut et ne doit en effet pas oublier la somme d’héroïsme, de courage surhumain de nos soldats d’alors, ni les souffrances de leur famille, ni la solidarité extraordinaire qui s’est faite jour dans les tranchées comme dans l’ensemble du pays. 

Elle ne doit pas non plus oublier ces soldats, découragés par l’horreur de ces combats et des tranchées, et qui un jour refusèrent de combattre : eux aussi contribuent à notre mémoire collective. 

Parce que la paix ne dépend finalement que de nous, il convient d’enseigner aux jeunes générations qu’elle régresse quand se renforce la haine de l’autre, qu’elle s’affaiblit d’une compétition absurde entre les peuples et, pire encore, qu’elle disparaît quand la soif de vivre ensemble et de construire un monde de progrès s’amenuise.

 Qui aurait pu, un seul instant, imaginer, au lendemain du 11 novembre 1918 ou à la fin de la Seconde Guerre mondiale, que l’Allemagne et la France seraient aujourd’hui des pays amis, que leurs peuples seraient frères ? 

En cette journée du 11 novembre, il n’est pas trop tard pour continuer à faire de ce siècle un siècle de progrès pour l’enfant qui s’éveille et un siècle de solidarité entre les peuples. 

Rendons aujourd’hui hommage à toutes les victimes, ô combien héroïques, de cette guerre qui ne doivent pas, les décennies passant, le monde ayant changé, les « poilus » ayant disparu, devenir les oubliés de l’Histoire. Sachons au contraire, pour ne pas reproduire les erreurs, tirer les leçons du passé afin de construire un avenir meilleur.